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Image de couverture : photographie de Claude Cahun
« La réassignation de genre » – Carnets de santé du samedi 21 mars 2026
D’emblée, le titre de cette émission pose problème. Car qu’est-ce que le genre ? « Le genre est la construction sociale des rôles féminins et masculins dans une société», dit une émission intitulée Le Fil Sciences du 10 décembre 2025 sur Radio France. Il s’agit de la définition commune du mot « genre », celle que tout le monde comprenait avant qu’une certaine novlangue ne vienne en brouiller le sens et le confondre avec le sexe. Or, la même émission scientifique du 10 décembre 2025 définit ainsi le sexe biologique : il n’est pas « assigné à la naissance, il est constaté sur les organes génitaux ; mais le sexe biologique, c’est aussi la production de gamètes (ovocytes et spermatozoïdes), de chromosomes mâles XY et de chromosomes femelles XX (sexe génétique). 1% de la population mondiale serait intersexuée, c’est-à-dire que les organes génitaux ne permettent pas de trancher. Toujours selon cette émission scientifique du 10 décembre 2025, le « genre projette sur le sexe biologique des différences de comportement qui sont apprises et qui définissent ce qu’une société attend d’une femme et d’un homme. »
Il y a longtemps que nous, féministes, tentons de nous débarrasser du genre ainsi défini et qui nous a été imposé par la société patriarcale. Nous avons, à force de luttes, réussit à obtenir une certaine égalité sur le papier, constamment menacée et particulièrement par cette nouvelle idéologie qui confond genre et sexe.
Alors, pourquoi ce titre ? Parce qu’un médecin exerçant au CHU Lyon-Sud ne peut pas se permettre de parler de « réassignation de sexe » (ce que font hardiment d’autres Trans activistes) sans se ridiculiser aux yeux de la communauté scientifique, bien placée pour savoir qu’il est impossible (en tout cas actuellement) de changer de sexe génétique, ce qui signifie qu’une femme ne saurait devenir un homme, ni un homme devenir une femme.
Or Marina Carrère d’Encausse insiste sur l’emploi de « réassignation de genre » qui sont selon elle les termes corrects, ce qui donne d’emblée le ton de cette émission, à savoir un plaidoyer pour la chirurgie et les traitements médicamenteux de la « dysphorie de genre », nouvelle maladie du XXIe siècle.
On met en exergue la souffrance (« double peine ») des jeunes « transgenres » qui seraient entre 20 000 et 60 000 en France, sans qu’on sache d’où proviennent ces chiffres puisque, contrairement à d’autres émissions scientifiques, celle-ci ne propose pas de bibliographie, ni de liens vers d’autres sites (pro- ou anti- transgenre), le seul lien fourni est l’émission de 2025 que je viens de citer et qui contredit le titre de celle-ci.
À cette souffrance, on oppose une (vague) polémique issue de « certaines personnes dénonçant une épidémie de transidentité parmi les jeunes ou encore une contagion sociale, voire de nombreuses transitions regrettées, mais où est la réalité ? ». Or, « polémique » est un terme connoté négativement (critique, agressif) et ne pas nommer les personnes critiques de la transidentité, dont certaines sont des scientifiques dont les ouvrages ont été publiés, puis nous rappeler à la « réalité », celle du Dr. Morel, comme si les critiques évoquées étaient délirantes, est une manière fort pernicieuse de présenter les choses. Et le reste de l’émission sera du même tonneau.
Venons-en au Docteur Morel-Journel, chirurgien urologue au CHU Lyon-Sud dont on nous dit qu’il est président de Trans Santé France depuis cinq ans.
Qu’est-ce que Trans Santé France1? C’est la branche française (F-PATH) de l’Association Professionnelle pour la Santé des « Transgenres », W-PATH ; elle se présente comme une organisation scientifique et médicale et vise à promouvoir les interventions médicales et chirurgicales, y compris chez les mineurs. Les « normes de soins » établies par cette association ont influencé l’élaboration des politiques de santé des personnes transgenres dans le monde entier, y compris en France où la HAS (Haute Autorité de la Santé) les a adoptées, malgré le Rapport Cass publié au Royaume-Uni en 20242 dont ni Mme Carrère d’Encausse ni le Docteur Morel ne semblent avoir entendu parler (pas plus que l’ensemble des médias, d’ailleurs). Et, à ma connaissance, la communauté scientifique n’a même pas pris la peine de le faire traduire, ce qui nous laisse songeuses.
Ce rapport estime que les normes de soins de la W-PATH manquent de rigueur scientifique (dissimulation de revues systématiques les contredisant, par exemple). En Grande-Bretagne, ce rapport prône la plus grande prudence dans le traitement des mineurs.
La plupart des professionnels de santé s’entendent pour dire que l’adolescence est une période de bouleversements pas toujours faciles à vivre, sur lesquels se greffent souvent le rejet de la féminité ou de la masculinité, de l’homosexualité ou du lesbianisme (haine de soi, homophobie et lesbophobie intériorisées), l’autisme et enfin tous les problèmes intra familiaux, sociaux qui ont des conséquences sur la santé mentale des enfants et adolescents, y compris les violences sexuelles si fréquentes. Les réseaux sociaux servent de caisse de résonance à tous ces problèmes.
Contrairement à ce que dit le Docteur Morel, les simples bloqueurs de puberté ne sont pas inoffensifs et leurs effets ne sont pas tous réversibles, loin s’en faut. D’abord, il y a une différence entre traiter une puberté trop précoce (avant ou à l’âge de 9 ans) et bloquer un développement sain dont on ne connaît pas forcément toutes les facettes, notamment en ce qui concerne le cerveau. Les conséquences des bloqueurs de puberté sur le développement des gonades, des organes génitaux (des hanches trop étroites chez les filles qui poseront des problèmes lors des grossesses et des accouchements), sur la densité osseuse avec les mêmes conséquences, non réversibles, que la ménopause. Quant aux conséquences de l’ « hormonothérapie », souvent prescrite peu de temps après les bloqueurs de puberté, elles sont irréversibles (voix et pilosité, entre autres). Quant aux chirurgies dites de « réassignation de genre », ne sont-elles pas en réalité des mutilations, car on intervient sur des organes sains, et jointes aux traitements hormonaux, ces opérations vont entraîner une médicalisation à vie, y compris des chirurgies « réparatrices » : laser pour épiler, augmentations ou réparations mammaires, etc. À terme, les seuls à bénéficier de tout cela, surtout financièrement, sont les services de chirurgie dédiées et les laboratoires.
On nous parle aussi des risques de suicide chez les transgenres contrariés (par leurs parents). C’est un mythe qui repose sur une très faible qualité des preuves avancées, puisque la « dysphorie de genre » englobe un certain nombre de pathologies ou de dysfonctionnements physiques ou/et psychiques, auxquels s’ajoutent désormais le harcèlement sur les réseaux sociaux.
Nous nous insurgeons aussi contre le vocabulaire employé par le Docteur Morel qui, s’il prend la précaution de ne pas parler de « réassignation sexuelle » se contredit en parlant de « femme trans » et d’ « homme trans ». Serons-nous un jour amenés à faire comme les Britanniques, qui ont dû demander à leur Cour suprême de redéfinir le mot « femme » selon le sens commun : adulte de sexe féminin. Il n’est pas fortuit que le mot « homme » n’ait pas, lui, perdu son sens d’origine.
Et enfin, on se demande, quand on connaît un peu le fonctionnement de l’hôpital public, comment le Docteur Morel trouve le temps de suivre ses patients pour constater leur bonheur à plusieurs années de distance. Mais qui peut croire qu’un pénis, un vagin ou une poitrine artificiels qui ne sont plus reliés aux myriades de réseaux sanguins et nerveux, peuvent apporter une quelconque satisfaction sensuelle et sexuelle réelle ?
Et pas une seule fois au cours de cet entretien on a évoqué le coût financier de cette médecine qui ne cessera d’augmenter avec le nombre de « réassignés », le tout remboursé, au nom de l’inclusion, par une Sécurité Sociale qu’on nous dit exsangue.
Il est aussi communément admis que la simple3 « dysphorie de genre », bien accompagnée par des psychothérapeutes libres d’exercer correctement et éthiquement leur métier (ce qui n’est plus le cas en raison de directives européennes pro-trans4), se résout la plupart du temps par l’acceptation de son orientation sexuelle « binaire » (hétérosexuelle, homosexuelle, lesbienne) grande conquête féministe et homosexuelle des années 1970-80, remise en cause par cette obsession du genre, dont on finit par se demander s’il ne s’agit pas de haine des femmes, d’homophobie et de lesbophobie intériorisées . Les plus homophobes ne sont peut-être pas ceux qu’on croit.
Annie Gouilleux pour WDI-France
Le 2 avril 2026.
Notes
1 Voici le lien vers cette organisation : Association TRANS SANTÉ FRANCE / FPATH – Vivre, comprendre et accompagner les transidentités et pour des informations critiques, voir Transidentité chez les mineurs, veille scientifique, site de Magali Pignard. Voir aussi L’empire transsexuel de Janice Raymond, Le Partage, 2022, Nés dans la mauvaise société, d’Audrey A. et Nicolas Casaux, Le Partage, 2023. Voir les émissions de WDI France sur YouTube, ainsi que Rebelles du genre sur YouTube également. Voir aussi l’Observatoire de la petite sirène qui fait l’objet des foudres du médecin dans cette émission, notamment pour les témoignages des « détransitionneurs ».
2 Le Rapport Cass (Cass Review) est la première revue systématique indépendante des services de transidentité proposés aux enfants et aux jeunes. Elle s’appuie sur toutes les études systématiques existantes et sur tous les protocoles existants dans tous les pays ; elles s’appuie sue les preuves fournies, sur les expériences vécues, sur les commentaires des professionnels de la santé concernés et sur les sources internationales, notamment des revues systématiques étrangères. Il semble que ce rapport soit enfin en cours de traduction.
3 Hélas, le tableau clinique est rarement simple, car cette dysphorie traduit ou recouvre souvent des problèmes psychiatriques graves, des séquelles de traumatismes, etc. qu’il conviendrait de soigner ou de soulager au lieu de se concentrer sur un symptôme qui est souvent trompeur.
4 Voir les observations d’Athena Forum.