J’invite les lectrices et lecteurs à lire ma note de lecture du livre Ventres à louer, une critique féministe de la GPA et à soutenir le CIAMS : https://abolition-ms.org/

Lutter contre la gestation pour autrui en Australie et dans le monde entier : défendre les femmes et les enfants contre la traite des êtres humains

Faire Disputations

Renate Klein

La gestation pour autrui est l’exercice d’un pouvoir inégal. Ceux qui ont de l’argent, du statut et de l’éducation contrôlent les actions des femmes ayant un statut économique plus bas, qui acceptent souvent cet arrangement par nécessité économique.

Lorsqu’une femme accepte d’être mère porteuse, elle abandonne tout contrôle sur sa vie pour les neuf mois qui suivent. Les acheteurs de bébé (et leurs agents et leurs médecins) décident de ce qu’elle mange et boit, avec qui elle a des relations sexuelles et à quelle fréquence, combien de tests médicaux elle doit accepter pour s’assurer que le bébé qu’elle porte n’a pas de « défauts », et plus encore. Si ce « contrôle de qualité » révèle des imperfections, elle peut être forcée de subir un avortement. De même, si plus d’un embryon a été implanté et se développe, une réduction fœtale peut lui être imposée.

La gestation pour autrui viole aussi profondément les droits de l’enfant. L’article 1 du Protocole facultatif de l’ONU à la Convention relative aux droits de l’enfant sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie interdit la vente d’enfants, et l’article 35 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant stipule que « les États parties prendront toutes les mesures nationales, bilatérales et multilatérales appropriées pour prévenir l’enlèvement d’enfants, leur vente ou le trafic d’enfants à quelque fin ou sous quelque forme que ce soit » [souligné par nous]. Dans la gestation pour autrui, les enfants sont clairement vendus, même si, comme dans la gestation dite « altruiste », seuls les frais de grossesse et les frais juridiques sont remboursés.

Les partisans de la gestation pour autrui disent que la mère porteuse est rémunérée pour ses « services », mais c’est complètement faux. Si elle fait une fausse couche ou avorte, elle ne sera probablement pas payée. C’est le produit—c’est-à-dire l’enfant—pour lequel elle est payée. Bref, la gestation pour autrui est une pratique d’exploitation qui viole plusieurs conventions de l’ONU et d’autres traités internationaux. Elle est déjà courante dans de nombreux pays. Maintenant, les partisans de la GPA travaillent à changer la loi dans mon propre pays, l’Australie, cherchant à en faire un centre de gestation commerciale pour autrui.

La situation en Australie

En Australie, nous sommes actuellement assis sur un baril de poudre. Le 11 septembre 2026, la Commission australienne de réforme du droit (ALRC) a soumis son rapport final après examen des lois sur la gestation pour autrui au Procureur général, l’honorable Michelle Rowland. À moins que quelqu’un ne divulgue une copie du rapport, nous ne saurons pas ce qu’il contient avant le 18 novembre, date à laquelle il sera rendu public.

La question est de savoir ce qui va se passer ensuite. Le Parti travailliste au pouvoir pourrait indiquer quelles recommandations il compte accepter, ce qui lancerait alors un débat parlementaire. Cela mènerait ensuite à des discussions avec les six États australiens et les deux territoires, car ce sont eux qui régulent la gestation pour autrui. Sinon, le rapport pourrait être mis de côté. C’est ce qui est arrivé à un ouvrage similaire de la Law Commission au Royaume-Uni, qui est en suspens depuis 2023.

Ce n’est pas que nous n’ayons aucune idée de ce que contiendra le rapport final. Au cours d’une enquête de deux ans, l’ALRC a publié un document sur les questions et un document de discussion qui donnaient de nombreux indices sur son orientation.. Le comité consultatif était rempli de militants bien connus pour leur soutien à la gestation pour autrui. Aucun organisme critique n’a été inclus dans le comité.

L’ALRC veut que les « obstacles » à la gestation pour autrui soient levés, y compris l’interdiction de payer les femmes pour être mères porteuses. Elle souhaite aussi encourager le développement d’une nouvelle « industrie de niche » composée « d’organisations de soutien à la gestation pour autrui » (SSO) dans tout le pays. Ces organisations serviraient de point unique pour évaluer les mères porteuses et les parents d’intention, et pour effectuer les contrôles légaux et médicaux avant qu’un contrat ne soit signé et qu’un embryon soit créé (tout cela moyennant finances, bien entendu).

En outre, l’ALRC veut changer la loi australienne afin que les noms des parents d’intention apparaissent sur le certificat de naissance dès la naissance du bébé, leur faisant ainsi économiser du temps et de l’argent en évitant l’obligation actuelle d’obtenir une ordonnance de filiation au le tribunal. En d’autres termes : ils veulent effacer toute trace légale de la femme qui a nourri le bébé de son propre sang et de ses propres os pendant neuf mois et qui l’a mis au monde. L’identité de la mère génétique — la « donneuse » d’ovocytes – ne sera pas non plus indiquée. Cela signifie qu’un enfant né par gestation pour autrui ne pourra pas savoir qui sont ses parents génétiques et qui est sa mère biologique, sauf si les parents d’intention le lui disent, et beaucoup ne le font pas.

Cela va sans dire, pour celles et ceux d’entre nous qui souhaitent l’abolition de la gestation pour autrui, ces propositions sont extrêmement malvenues. Jusqu’à présent, le seul type de GPA autorisé en Australie, la soi-disant « gestation pour autrui altruiste », est une affaire discrète, avec environ 100 naissances chaque année. Nous aimerions que cela reste ainsi. Nous espérons une réduction progressive de ces chiffres en dénonçant la GPA pour ce qu’elle est : une violation des droits humains qui ne pourra jamais être considérée comme « éthique.

Se défendre

Les abolitionnistes ont une alliée puissante en la personne de l’actuelle Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, Reem Alsalem. En 2025, elle a mené sa propre enquête sur la gestation pour autrui et a conclu que cela constituait une forme de violence envers les femmes. Elle a présenté un document important lors d’une conférence sur la gestation pour autrui à Melbourne en août 2026.

La conférence, « Au Nom de l’Enfant : Les Dangers de la Maternité de Substitution pour la Mère et le Bébé », a réuni tous ceux qui étaient exclus des délibérations de l’ALRC : les mères porteuses ; les mères séparées de leurs enfants par adoption ; les adultes nés grâce à la maternité de substitution ou à la conception par don d’ovocytes ; les personnes adoptées ; et les critiques féministes. Pendant deux jours, nous nous sommes rencontrées pour discuter des conséquences sociales, éthiques et en matière de droits humains de la maternité de substitution pour les femmes et les enfants. À la fin de la conférence, les délégués ont publié une déclaration importante, connue sous le nom de Déclaration de Melbourne pour l’Abolition de la Gestation pour Autrui. Les délégués appellent le gouvernement fédéral, et ceux des États et des territoires à abolir toutes les formes de maternité de substitution, en reconnaissant qu’aucune femme ne devrait être recrutée, incitée, poussée, contrainte ou amenée à porter un enfant pour le transférer à d’autres, et qu’aucune personne ne devrait être autorisée à commander ou acquérir un enfant par le biais de la maternité de

substitution.

Les déléguées à la conférence ont également encouragé le gouvernement fédéral australien à se joindre aux efforts internationaux pour abolir toutes les formes de maternité de substitution, y compris l’initiative commune menée par l’Italie, le Chili, l’Argentine, le Cameroun et le Saint-Siège pour adopter des mesures provisoires immédiates, telles un moratoire sur les nouveaux accords de maternité de substitution ; et à élaborer un instrument juridique international interdisant la maternité de substitution, tout en reconnaissant et en respectant les droits légaux des femmes et des individus déjà concernés par des contrats de maternité de substitution.

Nous verrons si tout cela a la moindre importance lorsque le rapport de l’ALRC sera rendu public et qu’un débat parlementaire aura lieu.

L’opinion publique

Il n’existe aucune enquête publique sur ce que pensent les Australiens ordinaires de la gestation pour autrui. La campagne en faveur de la GPA — menée par des hommes gays — a beaucoup d’argent et d’influence politique pour la soutenir. Les médias traditionnels ont diffusé son message. Tout au long de 2026, nous avons été exposés à un flux constant de discussions et d’articles positifs sur la gestation pour autrui à la radio, dans la presse écrite, à la télévision, y compris dans l’émission « Mariés au premier regard » (Married at First Sight MAFS), et directement par email.

Les histoires se ressemblent toutes : des couples riches (la plupart homosexuels) sont obligés d’aller

en Colombie (ou dans un autre pays pauvre, comme l’Argentine ou le Ghana) pour avoir des bébés par le biais de la gestation pour autrui, parce qu’ils n’ont pas trouvé de femme volontaire en Australie, ou pensent que les lois australiennes sur la GPA sont trop restrictives. Bien qu’ils aient dépensé jusqu’à 200 000 AU$ pour leur « voyage » de GPA réussi, ces « parents d’intention » se plaignent souvent des difficultés qu’ils rencontrent à l’étranger avec leur agence et la mère porteuse.

Une fois rentrés en Australie avec les bébés, ils se plaignent qu’il y a trop de paperasse et qu’il faut encore plus d’argent pour être reconnus comme parents. Tout cela pourrait être tellement plus simple et tellement moins cher, disent-ils.

Ils ont un mépris particulier pour le rôle de la mère porteuse. Elle n’est qu’une « porteuse », un four pour cuire le petit pain. Lors d’une émission en mai 2026, par exemple, un animateur de la radio locale ABC Sydney a demandé à un homme gay, qui venait de rentrer des États-Unis avec « son » bébé né par mère porteuse, comment appeler la femme qui avait donné naissance à l’enfant. « Mère porteuse… est-ce le terme correct, mère ? » « Non, » lui a-t-on répondu sèchement, « pas mère — porteuse ou gestatrice. » « Porteuse », a dit l’animateur. « Mes excuses. » Le bébé, qui n’a connu que cette mère pendant ses neuf mois dans son ventre, aurait pu en hurler d’indignation.

Le droit à l’enfant n’existe pas

Ce que les campagnes de relations publiques en faveur de la gestation pour autrui ne mentionnent jamais, c’est que personne n’a droit à un enfant. Peu importe que cette personne soit hétérosexuelle, homosexuelle, en couple ou célibataire. L’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme de 1948 mentionne bien le droit de « se marier et de fonder une famille », mais cela a été écrit pour s’assurer que les minorités opprimées (par exemple les Roms) ne seraient pas discriminées par les lois sur le mariage ou stérilisées de force. L’article 16 n’implique pas l’exploitation du corps de deux femmes (la « donneuse » d’ovocytes et la mère porteuse) afin de satisfaire le désir d’avoir un enfant partiellement biologique de personnes gays ou trans..

De même, les Principes de Yogyakarta souvent cités n’ont jamais été ratifiés par l’ONU ni par aucun autre organisme national ou international. Ils ne sont rien d’autre qu’une liste de revendications en matière de droits humains rédigée en 2006 (mise à jour en 2017) lors d’une réunion privée organisée par des personnes transgenres et des militants des droits de l’homme.

Le grand public ignore aussi le fait que porter un embryon étranger dans son corps entraîne une grossesse et un accouchement beaucoup plus risqués pour une mère porteuse. Comme l’a conclu une grande étude canadienne de 2024 : « Les troubles hypertensifs et diverses pathologies placentaires sont plus fréquents chez les jeunes porteuses en bonne santé d’embryons non apparentés. »

Le problème que nous rencontrons en tant qu’abolitionnistes, c’est que les bébés nés de gestation pour autrui ont l’air si mignons, et beaucoup de gens hésitent à critiquer les hommes gays qui s’engagent dans cette voie pour avoir des enfants, pensant que cela revient à de l’homophobie. Mais

en réalité chacun de ces bébés si mignons est un bébé volé qui laisse une mère abandonnée, et on devrait conseiller aux hommes gays qui prétendent être « socialement infertiles » d’étudier la biologie. Deux spermatozoïdes n’ont jamais créé un être humain… un ovule et un corps féminin sont toujours nécessaires !

En avril 2026, les abolitionnistes ont remporté une grande victoire lorsque la Conférence de La Haye sur le droit international privé (HCCH), une organisation intergouvernementale mondiale, a mis fin à un groupe de travail sur la filiation qui se réunissait depuis 2015. Au départ, le but était d’établir une Convention sur la gestation pour autrui, mais quand il est devenu évident que les États membres n’étaient pas d’accord, les personnes réunies se sont contentées d’élaborer un « Certificat de Filiation », soi-disant pour le bien des enfants. Un tel certificat aurait obligé les pays où toutes les gestations pour autrui sont illégales à accepter des enfants achetés à l’étranger par leurs propres citoyens. Finalement, les membres du groupe de travail de la HCCH n’ont pas pu se mettre d’accord

sur le contenu de ce Certificat.

La fin du groupe de travail au HCCH a été une grande victoire, mais nous devons rester vigilantes. Les partisans de la gestation pour autrui ne renoncent pas si facilement, car ce commerce est très lucratif. Un article d’Helen Lewis dans The Atlantic en septembre 2026 suggérait que les Nations Unies avaient estimé la valeur mondiale de cette industrie à environ quinze milliards de dollars américains.

Un réseau mondial en pleine expansion

Pour l’instant, les abolitionnistes australiennes attendent de voir ce qu’apportera la publication du rapport de l’ALRC. Nous restons vigilantes et prêtes à nous battre.

Nous savons que de nombreux groupes favorables à la gestation pour autrui disent agir au nom de l’enfant. Parce qu’ils croient que la gestation pour autrui va perdurer, ils soutiennent que les enfants qui en résultent ont droit à une transition en douceur vers la parentalité et la citoyenneté. Parmi eux, on trouve des groupes bien connus comme Child Identity Protection (CHIP) et le réseau International Social Service (ISS) et leurs Principes de Vérone de 2021 pour protéger et donner des droits aux enfants nés de la gestation pour autrui. Mais en réalité, aucune réglementation, aussi bien intentionnée soit-elle, ne peut rendre la gestation pour autrui éthique ou supprimer sa nocivité.

Heureusement, les abolitionnistes australiennes ont des alliées internationales puissantes, comme Stop Surrogacy Now aux États-Unis, fondé par Jennifer Lahl, autrice mise en avant par Faire Disputations, en 2015. J’étais l’une des signataires de leur déclaration dès l’origine, et avant même de nous en rendre compte, nous avions recueilli des milliers de signatures. Plusieurs groupes européens ont commencé à peu près au même moment, comme Stoppt Leihmutterschaft en Autriche.

La Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution (CIAMS) en France et Surrogacy Concerns et Stop Surrogacy Now UK ont commencé un peu plus tard.

Ces organisations ont uni leurs forces avec le Réseau International Féministe de Résistance à l’Ingénierie Reproductive et Génétique (FINRRAGE), fondé en 1985, dont je suis la coordinatrice, et avec Abolish Surrogacy Australia (ABSA), que Catherine Lynch et moi avons cofondé en 2019.

En 2023, la Déclaration de Casablanca a rejoint notre résistance, puissamment représentée par sa porte-parole et désormais Directrice Générale, Olivia Maurel, née de la gestation pour autrui. Sa biographie, Où es-tu, Maman? (In Search of My Mother) devrait être une lecture obligatoire pour quiconque ne sais pas ce qu’il faut penser de la gestation pour autrui.

Ensemble, nous formons un réseau mondial puissant. Je crois fermement qu’un monde sans gestation pour autrui est possible. Nous devons continuer à travailler pour atteindre cet objectif et ne pas perdre espoir. L’enjeu est trop élevé pour les femmes et les enfants.