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Image de couverture : Je, tu, il, elle de Chantal Akerman
RENATE KLEIN : introduction à son œuvre
Radical Reckonings, Survival in Patriarchy publié chez Spinifex Press en 2025, vingtième livre de Renate Klein, que je vais vous présenter est un ouvrage qui s’adresse à toutes les femmes, y compris à celles qui croient tout savoir sur la contraception et les techniques reproductives. C’est un livre passionnant et passionné, fruit d’une vie de travail et d’engagement avec et pour les femmes.
Renate Klein naît en Suisse en 1945. Sa carrière en tant que chercheuse dans le département de neurobiologie de l’Université de Zurich, qu’elle quittera en 1978, à cause de « l’attitude condescendante des scientifiques qui y travaillent : tous des hommes.1 » Cette attitude s’étendait également à tous ceux qui n’étaient pas des scientifiques.
On la retrouve alors à l’université de Californie à Berkeley, à la recherche d’une nouvelle orientation. Elle se rend dans le département des Women’s Studies (études sur la condition féminine, études féministes, études féminines…2), où la coordinatrice Gloria Bowles accueille avec enthousiasme sa proposition d’y participer en tant que « biologiste féministe ». Elle prépare également une licence en Women’s Studies.
C’est un véritable tournant dans sa vie. Elle devient féministe radicale et se passionne pour ses études ; mais je soupçonne que Renate Klein ne fait rien sans passion et cette passion est communicative lorsqu’on l’écoute en entretien. Sa licence obtenue, elle part à Londres préparer un doctorat sur les évolutions internationales des Women’s Studies. Elle y rencontre Dale Spender3 qui lui apportera une aide précieuse.
En 1986, doctorat en poche, elle part pour l’Australie, en principe pour six mois, dans le but d’entreprendre des recherches sur ce que vivent les femmes qui ont recours à la FIV. L’Université Deakin de Melbourne lui offre un poste pour enseigner les Women’s Studies.
Robyn Rowland et Renate Klein vont ensuite créer le plus vaste programme de Women’s Studies, avec plus de 1 000 étudiants et nettement axé sur le féminisme radical. « Nous sommes devenues un bastion réputé face à la ‘‘dérive phallocratique’’ (expression de Joan Hoff), la théorie queer et tout ce qui concerne le genre et qui, malheureusement, ont réussi à empiéter sur l’enseignement et le savoir centrés sur les femmes, si bien qu’aujourd’hui, nous en sommes hélas revenues au point de départ puisque les Men’s Studies (études masculines) ont regagné beaucoup de terrain à l’université, dans le monde entier.4 »
***
Bref, vous aurez compris que la transmission du savoir produit par les recherches féministes, savoir théorique et pratique, passionne Renate Klein. Et cette passion se transmet à travers les essais réunis dans cet ouvrage qu’elle a mis environ vingt ans à composer, dont on pourrait traduire le titre ainsi : « inventaire radical », et dont il ne faut pas oublier le sous-titre auquel elle tient beaucoup, qui signifie : survivre sous le patriarcat.
« Certaines personnes pourraient penser que j’exagère, car je suis une femme blanche de la classe moyenne, je n’ai jamais été sans domicile fixe ou réfugiée, je n’ai jamais été persécutée, je n’ai jamais été obligée de fuir un pays ravagé par la guerre. Il est vrai que depuis que j’ai choisi de devenir lesbienne – le meilleur choix que j’aie jamais fait – j’ai eu affaire à de nombreuses manifestations de lesbophobie, plus ou moins subtiles. Mais jusqu’aux agressions récentes contre nous, les lesbiennes qui refusons de partager nos précieux espaces avec des hommes à pénis qui prétendent être des lesbiennes, ma vie n’a pas trop souffert de l’homophobie. […] Donc je tiens à mon sous-titre car je pense que nous vivons toutes en patriarcat et que pour les femmes cela signifie que nous devons continuer à travailler pour survivre et prospérer. J’espère qu’il y aura beaucoup d’autres recueils d’essais écrits par de vieilles féministes radicales qui, comme moi, ont eu la chance de vivre une longue vie féconde et de pouvoir participer à la libération des femmes, d’une manière ou d’une autre. C’est dans cet esprit que je dédie ce livre à toutes les femmes du monde qui continuent à résister au patriarcat – aussi longtemps qu’il le faudra.5 »
Et Renate Klein avait d’autres raisons pour ne pas renoncer à publier son livre : « …Je suis vraiment choquée par le fait que les gens ignorent notre histoire des femmes. Et il ne s’agit pas seulement des jeunes femmes – bien qu’elles soient excusables puisque, hélas, les Women’s Studies ont presque disparu de nos universités et que ce qu’il en reste s’appelle désormais Études de genre, où on enseigne un charabia post moderne et la théorie queer, le tout aboutissant à cette illusion stupéfiante qui consiste à croire qu’il est possible de changer de sexe. […] si nous voulons comprendre le présent, et décider de notre avenir, nous devons connaître notre passé. […] Si j’espère que cette anthologie sera utile, surtout pour les jeunes femmes, c’est parce que je crois que les articles sélectionnés révèlent les manières récurrentes d’exercer une discrimination à notre endroit, les femmes, et à l’endroit de notre travail ; ils révèlent comment on nous bafoue, comment on nous invisibilise et comment on nous rabaisse – et comment tout cela est tout simplement oublié. L’inversion est aussi une stratégie qu’affectionne le patriarcat : si la situation ne s’est pas améliorée, il est clair que c’est la faute des femmes – qui d’autre pourrait en être responsable ? À mon avis, dégager les grandes lignes d’un schéma peut nous aider à mieux comprendre comment fonctionne le patriarcat et ainsi atténuer la surprise et la douleur que causent ses machinations – et cela peut aussi nous aider à les repérer et à les dénoncer – et, avec un peu de chance, à y mettre fin.6 »
L’ouvrage étant divisé en 6 parties, je rédigerai un texte pour chacune d’elles.
Annie Gouilleux
Lyon 9 janvier 2026
Relecture et corrections : Lola
Notes
1 Reanate Klein, Radical Reckonings, Survival in Patriarchy. Editions Spînifex 2025, page 9.
2 Je garderai le nom Women’s Studies (WS) tout au long de cet article car elles n’ont que très brièvement existé en France – comme nous le verrons plus loin – mais sous une forme que je qualifierais de dévitalisée. Il semble malheureusement que les WS soient un phénomène anglo-saxon (école de Bielefeld) en Europe.
3 Dale Spender (1943-2023) féministe australienne, enseignante et écrivaine, ses deux principaux ouvrages sont Women of Ideas and what men have done to them (1982) (Des femmes qui pensaient et ce que les hommes leur ont fait) et Man made Language (1980) (langue fabriquée par l’homme).
4 Opus cité, pages 10-11.
5 Opus cité, page 5.
6 Opus cité, pp. 3 et 4.