Le sang des pierres

Première publication en 2016


1

Juché sur des falaises d’un blanc éclatant, s’élève le château au-dessus duquel tournoient des vautours. Sur le versant opposé cerné de crêtes, un village niché dans une haute vallée. Au-dessous, une immense forêt, sombre dédale de hêtres et de sapins, peuplée d’arbres centenaires aux branches chevelues. Du fond de la vallée, des vapeurs fantomatiques s’échappent au crépuscule, cernant toutes les nuits le château d’un brouillard épais.

Chaque jour, du matin jusqu’au soir, les villageois voient, au sommet de la tour, la robe rose de la princesse, ses cheveux tressés et pailletés. Le visage de la princesse, toujours tourné vers l’intérieur, leur est à tous inconnu. Venue d’un pays étranger et lointain, personne ne l’a jamais ni vue ni entendue. Elle s’est installée au château avec le prince qui conquit la région il y a bien longtemps.

Beau jeune homme arrogant, il aime par-dessus tout la chasse et la guerre et ne vient au château qu’une fois par mois. Dur et cruel envers ses sujets, il dirige son royaume d’une main de fer, mais la plupart des villageois l’admirent parce qu’il flatte leur rêve de gloire par les récits fantastiques que ses fidèles conteurs colportent.

Dans l’école du village, le maître raconte souvent l’histoire de la princesse. Il la décrit jeune, belle, heureuse, riche, possédant des servantes, des bijoux, des chambres et des nourritures divines. Toutes les petites filles rêvent de vivre dans le château, même les petits garçons rêvent de porter des robes roses et des paillettes. Son apparition est pour tous plus importante que le lever du soleil. Elle indique par sa présence l’heure du labeur, par sa disparition l’heure du coucher et ses cheveux noirs scintillent comme une voûte céleste compressée dans un filet.

En vérité, la princesse ne peut profiter des bienfaits du soleil, son regard ensorcelé ne peut se détourner de la scène peinte sur le mur devant elle. En vérité, elle n’aime pas la robe rose dont le corset lui serre la taille au point de ne pouvoir respirer correctement, dont la longueur de la jupe alourdit ses déplacements et ses gestes, elle déteste ses cheveux noués qui compriment son crâne et lui procurent régulièrement de terribles maux de tête. Son corps entravé ne connaît ni la fraîcheur de la brise, ni la violence des tempêtes, ni la pluie printanière, ni la morsure des neiges. Elle se tient toujours droite, dans cette chambre cloîtrée et surchauffée, suant dans sa robe. Tout ce qu’elle aime, le prince le lui interdit. Personne ne connaît son nom, pas même elle qui a peu à peu oublié tout son passé. Silencieusement, son cœur et son âme seuls soupirent de tristesse et d’ennui.

Un jour apparut dans la région une petite fille d’à peine six ans selon certains, d’à peine treize selon d’autres. Elle était nue ou couverte de mousse, selon les témoins. L’un la vit suspendue tête en bas sur la haute branche d’un pin noir, l’autre s’agripper de ses cheveux sombres aux parois abruptes de la falaise, un autre coulant sous les galets de la rivière. Ses éclats de rire résonnaient parfois au crépuscule, plus terrifiants que le hululement des chouettes, plus sinistres et moqueurs que le cri des pies. On racontait qu’une femme du village perdit la raison à entendre un matin parler l’enfant de la forêt. Son langage ne ressemblait pas à un langage humain, disait-on. La rumeur se propagea vite dans toute la région et dès qu’une brebis, une poule, un veau ou un enfant mourrait tous accusaient l’enfant sauvage.

Un jour, une rumeur circula depuis la plaine jusqu’aux hauts plateaux : la vieille dame de l’ouest, celle qui ne pouvait jamais avoir d’enfant, était enceinte. On racontait qu’elle était partie tout l’hiver jusqu’au lac rouge où tant d’enfants étaient morts noyés et qu’à s’étendre sur le lac gelé elle était devenue grosse. Très vite il se dit dans les chaumières qu’elle n’était pas venue seule, que l’enfant sauvage était l’incarnation de ces âmes maudites, mortes violemment et sans sépulture et que c’était cette incarnation du malheur qui parfois déchirait la nuit.

Obsédé par l’enfant, personne ne remarqua l’hirondelle qui virevoltait tous les jours près de la princesse.

Depuis des siècles semblait-il, la princesse fixait la scène de chasse peinte sur le mur de sa chambre, sombre et humide. Elle représentait une chimère, visage de femme, corps de poisson, serres de rapace, luttant avec la force du désespoir contre un jeune homme dont les traits étaient ceux du prince. Fier, orgueilleux et dominateur, l’homme ne s’inquiétait pas de son cheval mourant à ses pieds, tout son visage exprimait la détermination de la possession. Il portait à bout de bras un bouclier et de l’autre une immense toile rose. Autour de grands arbres couverts de mousse figuraient des êtres tortueux hurlant de toutes leurs gueules un effroi sans nom.

Lorsque l’hirondelle se posa un matin sur l’épaule de la princesse un frémissement la parcourut, un vague sentiment d’éveil submergea son visage vieux de plus de mille ans. En vérité, la chair de la princesse était putride, ses yeux étaient immenses dans ce visage dévoré par la vermine. Indifférente au picotement des mouches sur ses gencives nues. Sans paupières et sans lèvres, ses narines même étaient déchiquetées par les morsures des vers. Charogne vivante, sa robe rose était maculée de pus, d’auréoles vertes, violettes, rouge sombre. Mais depuis l’arrivée de l’hirondelle, la princesse perdait chaque jour un peu plus de sa raideur et ses globes tressautaient, jetant des regards à droite, à gauche. L’envoûtement de la peinture semblait se dissiper lentement. L’hirondelle chantait chaque matin sur son épaule, et un matin la princesse comprit son langage. Sa mémoire retrouvait des brides de souvenirs, de plus en plus précis. Elle se souvint du jour où le prince la surprit se baignant dans les eaux rouges du lac. Il aima sa chevelure noire ébouriffée, ses yeux noisette, sa peau sombre, ses lèvres épaisses et ses fortes hanches. Il lui promit des bijoux, des tissus luxueux, des nourritures exotiques et gourmandes, des coffres emplis d’or et d’argent. Elle se moqua de lui, refusa la prison dorée qu’il lui offrait.

« J’aime la forêt, le lac, le vent, la pluie, la neige, les nuits étoilées, les arbres immenses, les crêtes et les gorges sombres. Mon trésor est le feu du foyer crépitant sous les étoiles, mon lit est d’herbes et de feuilles, ma maison est nichée dans le creux des plus vieux arbres. », lui dit-elle avant de plonger dans le lac.

Il eut beau attendre des heures, il ne la revit pas. Mais il revint chaque jour, caché dans les failles de la roche pour la revoir, la surveiller et la suivre. Il l’observa durant des mois, elle se nourrissait d’orties, d’ails des ours, d’alliaires, de baies et de fleurs d’aubépine. Parfois, elle semblait glisser comme une truite sous les galets de la rivière, striduler comme une feuille bavarde d’arbre en arbre. Elle n’était pas humaine, elle était une fée, une sorcière ou une ogresse. Il chercha pendant plus d’une année comment piéger cette femme étrange et c’est dans un vieil ermitage qu’un moine lui apprit comment piéger cet esprit de la forêt :

« Elle est la femme sauvage, elle est puissante et ses colères sont terribles, tour à tour fée protectrice ou ogresse cruelle, elle ne supporte ni la soie ni le rose ni le mica scintillant. Une toile composée de ces trois éléments devrait suffire à l’entraver. Dans le livre des martyrs, il est écrit que celui qui parvient à vêtir la Sauvage de ces trois attributs possédera son pouvoir. La soie la fait terriblement suer, sa chair se liquéfie à son contact, la couleur rose lui ôte tout pouvoir de rébellion, ses muscles se dessèchent et le mica atrophie sa mémoire. Celui qui parvient à la posséder devra dormir une fois

par mois vêtu de la robe tachée de sang et de chair pour s’emparer de sa puissance. Mais il est également écrit que celui qui emprisonne la femme sauvage ne possédera que son pouvoir de destruction, une soif de sang et de carnage s’emparera à jamais de lui. »

Le prince voulait la Sauvage pour lui seul et espérait obtenir d’elle une descendance forte et immortelle. Il commanda à ses tisserands une toile en soie rose parsemée de mica et se rendit au lac rouge une dernière fois. Elle paressait sur les bords, contemplant un insecte d’émail ardent sur une feuille duveteuse et frémissante. À la fois intriguée et attendrie, elle ne vit ni n’entendit l’homme caché derrière un buisson de thym sauvage. Il jeta le tissu tel un filet de pêcheurs au grand large pour capturer celle qu’il convoitait. Prise dans la soie rose et micacée, la Sauvage hurla mais ne put se défendre, entravée et impuissante. Il la serra contre lui :

« Tu t’es moquée de moi et de ma richesse, mais tu vois je te conquiers grâce à elle. Tu m’appartiens désormais, comme les coffres que je voulais t’offrir, comme les terres que j’ai conquises, comme ce lac qui de ce jour m’appartient. »

Et sur ces mots il planta sur la berge, à l’emplacement où elle se reposait, un oriflamme jaune et rouge dont la pointe éventre une salamandre.

Depuis ce jour, elle sue et sa peau d’ocre rouge pourrit dans le rose. Depuis ce jour, le Prince

ne s’inquiète plus de la beauté de celle qu’il croyait aimer, tout occupé qu’il est de jouir de son pouvoir destructeur. Il rase les campagnes, brûle les forêts, tue tous les animaux qu’il rencontre, asservit ses semblables. Malgré sa démesure, nombreux sont ceux qui le soutiennent, le défendent, l’admirent. L’emprisonnement de la Sauvage a plongé le monde dans un enchantement destructeur.

Un matin, les quelques villageois qui levaient encore leurs yeux vers le château et son unique fenêtre ne virent pas le dos de la princesse, ni sa chevelure nouée et pailletée, ni sa robe rose, mais un crâne d’une blancheur éclatante, un squelette nu qui souriait à l’hirondelle posée sur sa clavicule. La Sauvage se souvenait à présent de tout : de sa naissance dans les gouffres lorsque, encore esquisse, elle remontait douloureusement les cascades jusqu’à découvrir le ciel, ses astres, ses voiles et ses effusions sonores ; de son enfance lorsque, agile et téméraire, elle courait ruait roulait par les alpages, les forêts, les crêtes et les canyons ; de sa joie lorsqu’elle explorait alors sans crainte les grottes, grimpait au sommet des plus hauts arbres ; le mystère du monde l’émerveillait et chaque jour elle comprenait davantage la magie de la cueillette. Elle pleurait à présent au souvenir de son nom que prononçaient l’hirondelle, les vautours, les pierres du château, le vent, le soleil. Elle entendait de nouveau. L’appel du monde lui ouvrit les yeux sur le village juché de l’autre côté des gorges profondes qui le séparaient du château. Elle entendait la clameur d’une foule et vit des dizaines d’hommes traînant le corps d’une enfant. L’enfant se débattait, tentait de mordre et de griffer mais ils étaient trop nombreux. D’une fenêtre un cri résonna mais personne ne l’entendit, c’était une jeune fille qui voyait pour la première fois le visage de la princesse.

Soudain, le silence se fit. Un monticule de branches et de bûches orné d’une croix de bois avait été installé dans la place du village. L’enfant y fut attachée. Des voix s’élevèrent l’accusant de la mort d’une brebis, de l’accident d’un homme, du retard des pluies. Certains crachaient sur elle, tous l’insultaient, vociférant de haine. Lorsque le regard de l’enfant croisa celui de la princesse, toutes deux hurlèrent si fort qu’il sembla aux villageois que l’orage éclatait. Une grêle brutale et aiguisée tomba du ciel, des milliers de taons s’attaquèrent aux villageois qui n’eurent d’autre recours que la fuite pour se terrer dans leurs maisons.

« Saia » prononça l’enfant, et sur les visages de la princesse et de l’enfant un sourire éclatant apparut. Celle qu’elle était venue chercher était de l’autre côté des gorges. « Béi » prononça d’une voix faible la princesse. Elles se reconnurent immédiatement et Saia sut que l’enfant avait quitté les lieux secrets pour lui venir en aide.

Pendant que les villageois se protégeaient de la grêle, les rats du village sortirent des granges et des caves et par centaines rongèrent les cordes qui tenaient encore Béi attachée au bûcher. Les enfants qui regardaient par la fenêtre étaient fascinés par les bourrasques de grêle, par la puissance du vent qui ployait les vieux arbres dont les racines épousaient la forme des rochers. Une multitude de rats recouvrait le corps de l’enfant et la multitude avançait sous la grêle, des milliers de taons tournoyant autour d’elle. De Béi ils ne voyaient que la longue chevelure fouettant l’air. Les adultes terrorisés n’osaient regarder,« Sorcière » marmonnaient-il dans leur effroi. La silhouette disparut lentement vers l’Est, là où les pâturages plongent dans les gorges sombres et humides et les rats, comme des lambeaux d’ombres, se dispersèrent dans le village. Le calme et le silence s’imposèrent de nouveau. Le soleil brilla et ceux qui levèrent les yeux vers le château virent avec effroi un crâne riant aux éclats.

2

Béi courait comme une laie traquée, arrachant à ce dédale de hêtres et de sapins des branches et de la terre. Dans sa fuite elle se blessait régulièrement contre les ronces et les pierres couvertes de mousse sombre. Derrière elle, des aboiements de chiens et des cris d’homme. Son cœur battait si fort qu’il lui semblait l’entendre résonner dans les frondaisons. Elle se reposa quelques secondes au bord de la rivière qui serpentait au fond de la gorge. De l’autre côté une cascade scintillante couvrait de son chant les cris de la meute. Il lui fallait traverser ce bras de rivière profond et au courant puissant. C’est alors qu’elle vit, courant vers elle, un énorme dogue aux babines retroussées et suintant de bave. Elle ferma les yeux pour ne plus voir ce corps dresser pour tuer, elle ne voulait pas le voir se jeter sur elle et s’apprêtait à accepter les morsures mortelles. Mais elle ne sentit ni le poids du corps écraser le sien, ni la déchirure de sa chair sous les dents acérées du molosse. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le dogue était couché fixant d’un œil apeuré ce qu’elle entendait grogner derrière elle. Elle se retourna lentement, une meute de louves tenaient en respect le chien. Béi reconnut l’aide de Saia et, attentive aux regards d’une des louves, elle vit un vieux pont moisi surplombant la rivière. Elle courut et traversa le pont qui s’effondra dès qu’elle posa le pied sur l’autre rive. Elle entendit le dogue hurler dès que les siens le rejoignirent et vit la fuite des loups qui ne se risquaient pas à perdre un des leurs dans une lutte devenue inutile.

Béi était en sécurité, ne pouvant accéder au château depuis le flanc abrupt où elle se trouvait, elle avait plongé dans un trou rocheux que la présence d’une salamandre dorée lui avait suggéré et rampait dans un boyau étroit. Bientôt elle se trouva dans une petite salle où parvenait par de nombreuses fentes la lumière du jour. Quelques excentriques de calcite dansaient sur les parois, le sol était jonché d’ossements, parmi des débris d’amphores un crâne d’ours trônait. Plusieurs galeries s’ouvraient devant elle, il lui semblait entendre des voix provenir de celle de gauche, puis un son sourd suivi d’éboulements. La résonance des voix lui permit de comprendre que des hommes désobstruaient, à l’aide d’explosif, une chatière à quelques deux cents mètres au-dessus. Ils avaient l’air plus occupés à explorer la cavité qu’à traquer une sorcière, mais elle frémit tout de même sous la violence et l’obstination que certains hommes mettaient à dépouiller chaque mètre carré de son mystère. À l’angle d’une des galeries de droite, un crapaud rêvassait sur un caillou peint. Elle s’engagea dans cette galerie saluant amicalement le rêveur et s’enfonça dans le silence et l’obscurité profonde. Son corps sentait la nuit tomber, la lune monter dans le ciel et Béi, prise de sommeil, s’allongea. Sa peau frissonna au contact de l’humidité de la terre, épuisée elle sombra et ne vit pas la grande ourse s’allonger près d’elle pour lui prodiguer sa chaleur.

Un bruit d’explosion la réveilla brutalement, un éboulis la blessa, du sang coulait de ses jambes, de ses bras, de son visage, ses pieds étaient écrasés sous un bloc de calcite. Après un long effort elle parvint à s’en libérer et rampa sur une dizaine de mètres, s’écorchant les mains sur les blocs effondrés et brisés qui obstruaient le passage. Elle arriva enfin dans une petite salle où elle pouvait se tenir debout malgré les nombreux ossements qui recouvraient le sol. Son sang coulait sur

les crânes, les fémurs, les côtes qui s’amoncelaient sous ses pieds. Il lui semblait qu’il animait les fossiles, jetés là sans égard. Béi entendait des murmures, comme si les os se présentaient : Adèle, Lumina, Agnès, Solitude… servantes, veuves, amantes, prostituées, méprisées, torturées, brûlées ; Marielle, Maria Silva, Rosa… battues, assassinées, fusillées, pendues ; des noms se répétaient, s’entrechoquaient dans la pénombre et tous témoignaient de la misère, de l’injustice, des sacrifices, des prisons, des exploitations, des massacres… Des siècles se bousculaient autour d’elle et en elle. Ces morts la dévoraient par leurs cris, leurs alarmes, leurs douleurs… ; ils lui instillaient le virus de la mémoire qui refuse le deuil. Malgré la fatigue Béi se leva et, prenant un tibia cassé, elle creusa au-dessus de sa tête, dans la brèche d’où fusait une faible lumière. La terre lui tombait sur les yeux, sur la bouche, couvrait ses jambes, ses hanches, son buste, quand un rayon de lumière lui blessa enfin la pupille. Aveuglée, elle se guida à la chaleur du soleil, s’acharna et agrandit l’ouverture dans l’amas de terre qui recouvrait le puits. Avec effort, elle se hissa jusqu’à la surface.

La princesse était attachée à un trône miteux et couvert de toiles d’araignées, à la vue de Béi, qui avait vieilli de trente ans, son visage lentement se couvrit de chair. De la fenêtre Béi voyait la lune rougir comme la viande à vif qui recouvrait la robe de la princesse. Des silhouettes de corbeaux, de chats, de crapauds, de hiboux, de vaches, de brebis, de chiennes se ruèrent vers elles jusqu’à détruire les murs du château. Béi détacha Saia et ensemble elles fuirent par les caves, libérant les victimes de l’emprisonnement de Saia.

Le prince, apprenant la fuite de son esclave, sombra dans une folie destructrice, obsédé par la possession de la femme et de sa force. Mais sans elle, il apparaissait tel qu’il était – avide et égoïste – et plus aucun villageois ne l’admira, ni l’aima, ni l’aida. De rage impuissante il mourut, étouffé dans le venin de sa haine. Depuis ce jour, les souterrains, les grottes, les forêts, les rivières repeuplent lentement le monde et racontent, à qui sait entendre, la nécessité de la boue, de l’obscurité, des ronces, des cafards…

Ana Minski (2017)

Correction : La sororité